Le maintien dans l’emploi durable des seniors

Les dispositifs de cessation anticipée d’activité ont longtemps servi d’alternative à l’aménagement des conditions de travail pour les salariés les plus âgés. Mais aujourd’hui la nécessité d’accroître le taux d’emploi des plus de 50 ans place les entreprises et les pouvoirs publics au pied du mur. Face à ce challenge, il devient impérieux de répondre à cette interrogation : comment les services de santé au travail et les professionnels peuvent-ils contribuer à une réflexion pluridisciplinaire débouchant sur des mesures concrètes dans les entreprises pour une organisation du travail adaptée et plus «durable» ?

Les seniors au travail : Un enjeu pour notre société et pour la santé au travail.

Faire face au travail durant toute une vie professionnelle dans un monde en constante évolution marqué par le développement des nouvelles technologies, une mondialisation grandissante ou la multiplication des savoir-faire spécialisés, nécessite l’action de toutes les parties prenantes. Face à ce contexte, les pays de l’OCDE ont adopté des stratégies variées pour favoriser l’emploi des seniors. A cet égard, la France apparaît en retard sur une stratégie européenne visant un objectif de taux d’emploi des seniors de 50% à l’horizon 2010. Malgré les priorités affichées des politiques publiques, ce but n’a pas été atteint. L’allongement réel des carrières, notamment imposé par la récente réforme des retraites, constitue donc un enjeu majeur pour notre société, son économie, ses pouvoirs publics, ses entreprises et établissements et leurs salariés. Dans ce contexte, les services de Santé au Travail (SST) doivent pouvoir jouer un rôle structurant. Le cadre légal et réglementaire propose des clés, mais les SST doivent faire face à des difficultés, compte tenu notamment des problèmes de démographie médicale et de charge de travail. De profondes mutations de l’organisation de ces services sont donc nécessaires pour permettre le saut qualitatif qui s’impose. Il en va de même de la conception des ressources humaines au sein des entreprises, en particulier vis-à-vis des seniors. Ce terme qui, au départ, désignait des travailleurs expérimentés, maîtrisant l’histoire de l’entreprise et des méthodes de travail. Aujourd’hui, l’on désigne par là les travailleurs en phase déclinante de carrière. On les différencie ainsi des juniors et surtout des « perfors » (performants : 30 à 45 ans), objets de toutes les attentes des entreprises. Il faut par ailleurs noter qu’auparavant on devenait senior vers 55 ans, alors que dans certains secteurs on l’est dès 45, voire 40 ans. Face à cette véritable novation, il convient donc de réfléchir sur le rôle que les SST peuvent jouer dans cet environnement changeant. Les propositions ci-dessous reflètent un certain nombre de réflexions émises à ce sujet, volontairement présentées sous une forme synthétique.

Le rôle des SST face à ce défi : Premières voies de recherche.

Il faut tout d’abord noter que l’action des SST pour l’adaptation du milieu de travail à l’emploi des seniors ne sera pleinement efficace que dans la mesure où les services de santé au travail eux-mêmes se transformeront. Ils pourront ainsi mieux accompagner les entreprises dans les diverses mutations inhérentes à cet enjeu majeur pour notre société. Bien entendu, l’aboutissement de la phase de modification réglementaire des nouveaux textes issus de la réforme constitue un point de passage obligé préalable à toute évolution réelle. Cela est d’autant plus important que les SST constituent une force non négligeable puisqu’ils prennent en charge 15 millions de salariés et accompagnent 1,5 million d’entreprises, très majoritairement PME/TPE, l’effectif moyen étant inférieur à 10 personnes. Très concrètement, les propositions concernant la nécessaire évolution des SST et l’adaptation des milieux de travail pour les seniors peuvent être regroupées autour de trois volets :

Propositions pour améliorer l’impact général des services de santé au travail

- Gouvernance des SST-Organisation des SST : un triptyque Management-Ingénierie-Expertise
- Développement de la méthode de gestion de projet et de l’approche par les risques
- Mise sur pied d’interventions pluridisciplinaires en entreprise
- Optimisation du suivi individuel des salariés
- Approche par branche, secteur ou activité
- Approche clients des entreprises
- Communication et utilisation intelligente des nouvelles technologies de l’information
- Mutualisation des moyens-travail en réseau-autres SST-consultants
- Développement d’une collaboration entre les SST et les services de santé autonomes
- Développement de la recherche et de l’évaluation en relation avec la santé publique
- Approche locale, régionale en partenariat avec les institutions-logique de bassin d’emploi.

Propositions pour renforcer la prise en compte de la santé au travail en entreprise, en particulier pour les seniors

- Intégrer la santé au travail en amont de tout projet de changement d’organisation
- Former les dirigeants (DRH, DG pour les PME-TPE) managers et intervenants en santé au travail à la problématique du travail des seniors
- Mettre en place un système de prévention primaire simplifié et harmonisé, regroupant l’ensemble des documents de prévention existants et incitatif pour les entreprises, par exemple un bonus/malus «prévention-santé-sécurité au travail » à l’instar de ce qui se pratique pour l’intégration du handicap.

Propositions d’axes d’action des SST spécifiques pour l’adaptation du milieu de travail à l’emploi des seniors

Premier axe : Adapter les postes de travail sensibles pour les seniors
Deuxième axe : Favoriser l’employabilité des seniors par le développement continu de la formation tout au long de la vie professionnelle
Troisième axe : Soutenabilité (prévenir l’usure tout au long de la vie professionnelle).
Les propositions présentées ci-dessus résument le fruit des réflexions d’un groupe de travail interdisciplinaire réunissant trois professionnels de santé (un médecin, un infirmier santé au travail, un chargé de mission qualité–sécurité des soins-qualité de vie au travail), un ingénieur hygiène-sécurité et un directeur de service. L’ensemble de la réflexion figure dans le mémoire « Les Nouveaux Défis de la Santé au Travail » qui a fait l’objet, le 21 juin dernier, d’une soutenance publique dans le cadre d’un Executive Certificate organisé conjointement par Sciences Po et Centrale. François Bourdeaux, Directeur de Santé au Travail en Ile de France, remercie ici chaleureusement Jacqueline Laguerre, Nadine Rauch, Bénédicte Rolland et Nathalie Stourm qui ont participé, à ses côtés, à l’élaboration de ce document.